jeudi 31 janvier 2013

Claude AÏELLO à l'honneur


Le sympathique et talentueux céramiste vallaurien fera en effet très bientôt l'objet d'une intéressante exposition consacrée à sa collaboration avec des designers renommés.

Elle ouvrira ses portes samedi au musée MAGNELLI, musée de la céramique et vous aurez jusqu'au 27 mai prochain pour faire le déplacement à Vallauris.

Je laisse la parole aux organisateurs de la manifestation, qui arrive de Belgique :

D’origine italienne, Claude Aïello arrive à Vallauris en 1964, à l’âge de treize ans.

D’abord enfourneur chez Saltalamacchia, il se forme petit à petit dans différents ateliers où il acquière une remarquable maîtrise du tournage.

En 1999, il rencontre le designer Ronan Bouroullec à l’occasion de l’opération
Deux Designers à Vallauris initiée par la Ville et la Délégation aux Arts Plastiques / DRAC PACA - Ministère de la Culture et de la Communication. Leur collaboration marque le début d’une nouvelle orientation dans le travail de Claude Aïello qui passe de la production utilitaire traditionnelle de modèle existants à la mise au point de prototypes et de petites séries conçus par des designers.

Depuis presque quinze ans, l’habileté de Claude et sa capacité à répondre aux demandes les plus pointues en ont fait l’interlocuteur privilégié de dizaines de créateurs en France et en Europe. Il a été plusieurs fois récompensé pour l’excellence de son savoir-faire (Prix du design à la Biennale de Vallauris en 2010 et 2012, Prix Liliane Bettencourt Pour l’Intelligence de la Main et obtention du label "Entreprise Patrimoine Vivant" en 2010).

L’exposition
Claude Aïello et les Designers illustre le parcours accompli de 1999 à aujourd’hui avec les pièces réalisées pour vingt designers de renom. Elle se veut le reflet de la complémentarité entre la conception d’un projet et sa réalisation en volume, les apports réciproques du designer et du céramiste. Elle démontre la compatibilité des nouvelles pratiques de la céramique et d’un savoir-faire ancestral.

Cette exposition inaugurée en Belgique, au Musée du Grand Hornu en septembre 2012, a été conçue par Ludovic Recchia, Conservateur du Musée Royal de Mariemont, Belgique et Lamya Ben Djaffar, historienne.

A travers cet hommage à Claude Aïello, c’est un hommage rendu à une profession artisanale performante pour laquelle l’étendue des possibles reste infinie.


Intéressant programme, que j'ai hâte de découvrir !

mercredi 30 janvier 2013

Un MADOURA "exceptionnel"...


Si vous "chassez" sur le Net, vous aurez très certainement remarqué cette céramique sur un site de vente aux enchères bien connu, présentée comme un rare vase à deux anses, style Picasso, en céramique Vallauris, cachet Madoura, signé aussi "Vallauris" et "P", édition 02/150.

Cette chose immonde est tout sauf un MADOURA, encore moins un PICASSO, tant par le style très bling bling, pas du tout celui du célèbre atelier vallaurien (la pauvre Suzanne RAMIÉ a dû se retourner dans sa tombe), ni celui du grand maître, que par la fameuse inscription "MADOURA plein feu", grossièrement incisée à main levée alors qu'elle devrait normalement résulter de la frappe d'un cachet :


Pour info, voici une vraie empreinte du cachet en question (qui existe en deux tailles) :


Pitoyable, n'est-ce pas ?

Bref, c'est incontestablement le plus beau nanar - "made in China" ? - qu'il m'ait été donné de rencontrer en matière de céramique 50. MDR !

De grâce, soyez sympa, ne prévenez pas le vendeur, que j'espère de bonne foi, bien que professionnel (je m'en chargerai avant la fin des enchères) ; juste pour voir combien de gogos enchériront (pour l'instant ils sont quatre) et la somme que leur champion aurait eu à débourser si...

Merci d'avance pour votre discrétion ;-).

Tant que j'y suis, voici un autre vase bancale du maestro, offert sur le même site :


Doublement signé, tant qu'à faire...

Le faussaire s'est inspiré de son célèbre et superbe "Vase aux deux anses hautes" de 1952, édité à 400 exemplaires par l'atelier MADOURA (réf. RAMIÉ 141), dont voici un spécimen conservé dans sa caisse d'origine ! Une merveille :


Attention, toutes les céramiques frauduleuses de PICASSO ne sont pas aussi ridicules, loin de là (1), et je ne saurais trop vous conseiller de consulter un bon expert avant tout achat, notamment si la pièce que l'on vous propose est à un prix très (trop) alléchant !

(1) J'ai rencontré cet été un exemplaire "made in Italy" redoutable car il ne s'agissait pas d'un vulgaire pastiche mais d'une pièce calquée sur un modèle existant ; bref un vrai faux ! Il était même accompagné d'un faux certificat de la galerie MADOURA...

mardi 29 janvier 2013

"Chouette" de Michel et Nicole ANASSE (X)

Michel (né en 1935) et Nicole (1937-2012) ANASSE
"Chouette" photophore (circa 1960)
H. 14 cm, Ø 12,5 cm

La petite Yvette, c'est son nom, est l'une des nombreuses soeurs de miss Lucette.

Ses petits yeux atypiques lui donnent un côté tristounet et réservé, contrairement à son superbe émaillage bleu laiteux, posé sur un joli brun "rouillé", typiquement anassien.

Unique, comme toutes les chouettes du couple, elle est signée "ANASSE" sous la base, au pinceau et à priori de la main de Michel ANASSE :


Provenance : galerie Marie-Pascale SUHARD.

Bibliographie : "Michel ANASSE Sculptures & Céramiques Pièces uniques 1960-1970", éditions galerie Thomas FRITSCH (2011), exemplaires appartenant à la même série reproduits p. 75.

Inv. PM MNA 12

lundi 28 janvier 2013

Escapade polaire

La galerie "Le Fil Rouge", à Roubaix

Après les mers du Sud, direction les plaines glaciales du grand Nord ;-) !

J'ai en effet passé le week-end chez des amis de la région lilloise et en ai profité pour aller voir l'exposition Vanitas vanitatum omnia vanitatum dont je vous ai parlé la semaine dernière.

Mon dieu, quel froid ! Brrr... Heureusement, les gens du Nord sont très chaleureux et je me serais vraiment cru à Tahiti, côté relations humaines bien sûr...

Petit reportage photo express :

Commençons par quelques céramiques emblématiques de Marc ALBERGHINA, que vous pourrez admirer au Fil Rouge jusqu'au 9 mars prochain :

- "Usine I", 2010 (L. 80 cm, l. 40 cm, h. 60 cm) :


- "Virus", 2010 (L. 100 cm, l. 23 cm, h. 50 cm) :


- "Saint-Sébastien III", 2012 (L. 140 cm, l. 50 cm, h. 95 cm)  :


- Quelques crânes superbement émaillés créés spécialement pour l'exposition et qui feront probablement grincer les dents de certains vallauriens :


Personnellement, j'ai craqué pour l'exemplaire bleu (des mers du Sud ;-) à la mâchoire anthracite. Il y en avait 53 (l'âge de leur papa ;-), tous différents. Le choix ne fut vraiment pas facile !

Quant au célèbre "Festin" ou "Offrande" (2009), il était exposé en guest star au musée d'Art et d'Industrie André DILIGENT, plus connu sous le vocable de "La Piscine" :


Une oeuvre imposante (L. 100 cm, l. 57 cm, h. 76 cm), très forte et dérangeante pour certains, au point d'avoir été vandalisée en 2010 lors de la XXIe Biennale de Vallauris et depuis heureusement recréée par l'artiste.

Elle était de ce fait surveillée comme le lait sur le feu par un gardien tatillon...

Le flash étant interdit, voici une photo de pro (hélas inconnu), dénichée sur le Net : 


C'est la première version de l'oeuvre, avant le drame.

Il y a environ deux ans, comme beaucoup d'amateurs, j'ai eu envie de me frotter à la terre. Yves PELTIER, avec qui je m'en étais alors entretenu, m'a conseillé de contacter un céramiste que je ne connaissais pas : Marc ALBERGHINA. Il était dithyrambique à son sujet, m'assurant que c'était le seul céramiste encore "valable" à Vallauris, qu'il était très sympathique, qu'il donnait des cours, etc. L'oeil englué par la céramique 50, je n'ai vraiment pas du tout "accroché" avec son travail, découvert sur le Net, et oublié l'artiste jusqu'au jours où en me baladant à Nice, en septembre dernier, je suis retombé sur son travail, cette fois-ci "en vrai", à la galerie HELENBEKC. Ce fût alors un véritable coup de coeur : originalité, présence, symbolique, qualité de l'exécution, j'étais littéralement envouté par les pièces que je découvrais. Comment ai-je pu passer à côté d'une telle oeuvre ? La faute, sans doute, à la médiocrité de l'art de notre époque, qui m'a conduit à porter des oeillères, au risque de passer à côté d'oeuvres valables. Yves avait mille fois raison ! A présent, je regarde la céramique contemporaine d'un autre oeil ;-) et fais de temps à autre quelques infidélités à ma chère céramique 50...

Voici le remarquable texte qu'Yves PELTIER, alors commissaire de la XXIe Biennale de Vallauris, a écrit sur "Offrande" :

Avec Offrande, Marc ALBERGHINA nous invite à être les témoins d’un festin bien singulier. En fait il s’agit plutôt des restes de pratiques qui se rapprochent plus de la notion de cannibalisme qu’autre chose. Si cette œuvre s’inscrit donc dans l’histoire de nos pratiques sociales qu’elle entend bien dénoncer ou en tout cas pointer du doigt (le cannibalisme et ses formes modernes), elle fait aussi référence à celle de la céramique et tout particulièrement au phénomène "Vallauris". Là, le mercantilisme cannibale et décomplexé des fabricants et des revendeurs de céramiques à l’esthétique kitsch recouvertes d’émail flammé et "signées" à l’or et l’organisation d’un tourisme de masse destructeur ont provoqué la décomposition d’une aventure humaine et artistique bien connue des amateurs. C’est justement à Vallauris qu’est installé l’atelier de Marc ALBERGHINA.

Charnier de nos comportements, de nos débordement et ambivalences, Offrande est aussi le témoignage de nos peurs ancestrales, de nos angoisses face à la mort, trop souvent et facilement éludées dans une société de consommation avide d’esthétique facile et hypnotique. Dans un monde où l’image de la beauté elle-même (produit organisé et manipulé) et où le jeunisme et la séduction envahissent tous les champs de notre vie, cette œuvre forte, dont les éléments sont érigés et mis en scène de façon totémique, sonne comme un rappel de notre condition humaine. Une condition trop volontairement évacuée de notre champ de réflexion et de vie où la consommation permanente d’images trafiquées aussi factices qu’édulcorées qui tiennent lieu d’icônes modernes faciles et gratuites ressemble à s’y méprendre à un cannibalisme qui ne cache que trop bien son nom sous des apparences soi-disant civilisées.

C'est aussi parce que j'ai beaucoup de mal à supporter la facticité de notre époque et que j'ai hélas bien trop conscience du temps qui passe, si bien décrits par Yves, que l'oeuvre de Marc m'a autant touchée, au point de très vite décider de l'acquérir.

Séduire et horrifier : mission accomplie !

Pour en terminer avec le travail de Marc, je vous signale l'édition par Le Fil Rouge d'une intéressante petite plaquette, "Marc Alberghina - Séduire et horrifier", dont le texte est signé Frédéric BODET, assistant conservateur aux Arts Décoratifs.

A suivre...

mercredi 23 janvier 2013

Vase "rouleau" de Jacques et Dani RUELLAND

Jacques (1926-2008) et Dani (1933-2010) RUELLAND  
Vase "rouleau" (circa 1970)
H. 26 cm, Ø 6,5 cm

Ce type d'objet est vraiment peu courant chez les RUELLAND.

L'émaillage de ce superbe exemplaire est également atypique par son côté "laiteux", généreux, d'un beau bleu turquoise clair, le col étant joliment souligné de brun, du fait d'une épaisseur moindre à ce niveau.

Il est signé "Ruelland" sous la base (1), par incision :


(1) Si le travail de ce couple de céramistes vous est familier, vous aurez noté la couleur inhabituelle de la terre utilisée pour ce vase, beaucoup moins grise que celle signant leur production (une terre grise au manganèse). Un essai ? Décidément, ce RUELLAND est vraiment "pas comme les autres"...

Inv. PM JDR 26

mardi 22 janvier 2013

Gérard ELI et Salvatore PARISI à Vallauris


Ne manquez pas la prochaine exposition de ces deux talentueux céramistes niçois à la galerie Elvire GARDANNE, à Vallauris.

Vous avez jusqu'au 31 mars prochain pour aller admirer leur travail.

En ce qui concerne mon ami Salvatore, vous resterez à coup sûr bouche bée devant l'émaillage de ses derniers vases, une étonnante, superbe et inédite couverte métallisée dont le grain rappelle celui du cuir (cf photo ci-dessus).

Profitez de l'évènement pour visiter le musée Magnelli, musée de la Céramique, toujours aussi intéressant, et les rares galeries subsistant, comme par exemple la poterie CHAIX, qui fait "revivre" le travail de Jean MARAIS...

lundi 21 janvier 2013

Petit vase "boule" de Michel et Nicole ANASSE

Michel (né en 1935) et Nicole (1937-2012) ANASSE
Petit vase "boule" (circa 1960) 
H. 9,5 cm, Ø 8 cm

Belle forme à corps cylindrique, bel émaillage blanc cassé et brun nuancé (cuisson au feu de bois), rappelant le métal oxydé, typique du couple d'artistes, petite taille (je ne suis pas vraiment fan des gros trucs) et enfin rapport rareté/prix très avantageux (1) : cette superbe céramique avait vraiment tout pour me plaire :-).

Elle est signée "Anasse" sous la base, par incision :


Provenance : galerie Stéphane JAMBON (Lyon).

(1) Dix fois plus rare et quatre fois moins chère qu'un RUELLAND basique, preuve s'il en est qu'il est encore possible de dénicher de "belles pièces" sans se ruiner, à condition, bien sûr, de sortir des sentiers battus...

Inv. PM MNA 11