mercredi 6 février 2013

"Chouette" de Michel et Nicole ANASSE (XI)

Michel (né en 1935) et Nicole (1937-2012) ANASSE
"Chouette" photophore (circa 1960)
H. 17,5 cm, Ø 7,5 cm

La très sérieuse Huguette est, pour l'instant, ma dernière "chouette" du couple ANASSE, ce qui porte à onze :-) le total de la fratrie. Vivement la prochaine ; je suis en manque...

Elle est en grès émaillé d'un superbe brun "rouillé" nuancé, lui donnant l'aspect d'un objet en métal oxydé, l'intérieur étant émaillé de blanc, posé sur un émail brun qui transparaît par endroits.

Unique, comme toutes les "chouettes" du couple, elle est signée "Anasse" sous la base, au pinceau et à priori de la main de Michel ANASSE :


Notez l'astucieux système de "poignée" au dos, qui permet de manipuler aisément le photophore chargé de sa bougie.

Un lointain cousin d'Huguette est également à l'honneur sur le Net ce soir. Allez-donc l'admirer sur le très instructif blog de Ced, L'amateur Eclairé. 

Provenance : galerie Stéphane JAMBON.

Bibliographie : "Michel ANASSE Sculptures & Céramiques Pièces uniques 1960-1970", éditions galerie Thomas FRITSCH (2011), exemplaires appartenant à la même série reproduits p. 75.

Inv. PM MNA 13

lundi 4 février 2013

Retour à Tahiti ?


Presque ! J'ai en effet passé mon dimanche au soleil et au bord de l'eau, chez l'un de mes frères, Laurent, qui a la chance d'habiter depuis peu une grande maison sur la plage de la Mala, pas très loin de chez moi. Le veinard... Un dimanche bien tranquille, consacré à la lecture, en compagnie non pas de miss Lucette mais de son (tout) petit... frère, Gonzo, prénommé ainsi car il me fait penser à Gonzo, le petit oiseau casse-cou et très drôle du célèbre Muppet Show :-).


J'ai notamment dévoré le catalogue de l'exposition "Claude AÏELLO & les designers", visitée la veille, en compagnie de mes amis Marie-Jeanne et Salvatore PARISI. Je vous conseille vivement sa lecture, notamment si vous ne pouvez aller voir l'expo. L'homme est un vrai virtuose, véritable MacGyver de la céramique, et on se demande comment il arrive à produire de tels trésors avec si peu de moyens et dans un atelier grand comme un mouchoir de poche. Pas étonnant que les designers se soient donnés le mot, d'autant plus que notre céramiste est également très doué pour les contacts humains. L'ouvrage, riche de superbes photos et particulièrement bien mis en pages, est un bel hommage à l'homme et à l'artiste.

Énormément de monde au vernissage, ce qui m'a notamment permis de faire la connaisance de Stéphane MONTALTO, sympathique céramiste roquebrunois, et de revoir Marc ALBERGHINA, de retour du Grand nord :-).  Au final, manque de temps pour bien apprécier les pièces exposées. Il faudra donc que je revienne. J'ai bien aimé les vases à double paroi de Ronan BOUROULLEC, le "Ziggourat" d'Hervé THOMAS, très astucieux, et les impressionnantes pyramides des âges de Mathieu LEHANNEUR.

Avec Salvatore PARISI et Georges PELLETIER (à droite)

Samedi après-midi, direction Cannes pour une petite visite à un grand ami de Salvatore, le céramiste Georges PELLETIER.

Quelques belles bouteilles de Georges PELLETIER

Si vous n'avez jamais entendu parler de lui, c'est normal ! Notre homme est d'une modestie, d'une gentillesse et d'une discrétion rares, oeuvrant bien tranquillement dans son petit atelier.

A 82 ans passés et en pleine forme (désolé, mais ça m'épate toujours), il continue de produire une belle gamme d'objets décoratifs (vases, bouteilles, plats, miroirs, figurines diverses, etc., généralement rehaussés d'or et d'argent) pour ses clients revendeurs, comme dans les années 60, lorsqu'il avait son atelier à Paris et qu'il vendait (très bien) sur les trottoirs de Saint-Ouen. Belle époque où il exposait au Salon des Ateliers d'art et fréquentait des collègues devenus célèbres, comme Jacques BLIN, le couple RUELLAND ou encore le canadien Raphaël GIARRUSSO, l'un de ses meilleurs amis, avec qui il travailla pour la poterie d'Accolay.

vendredi 1 février 2013

Premier rôle

Andrée VILAR (1916-2009)
Plat de forme libre (1956)
L. 52,5 cm, l. 31 cm

Thomas FRITSCH débute vraiment l'année en fanfare...

Le célèbre galeriste de la rue de Seine a en effet déniché une céramique de toute beauté et d'une grande rareté, qu'il nous propose sur son site tentateur ;-).

Il s'agit d'un très grand plat d'Andrée VILAR, née SCHLEGEL et... soeur de Valentine, la céramiste bien connue, avec qui elle travailla. Les deux soeurs exposèrent notamment à la galerie La Demeure, l'une des plus importantes galeries parisiennes défendant la céramique et la tapisserie contemporaines dans les années 50.

Illustratrice, poétesse, peintre et bien sûr avant tout céramiste, Andrée VILAR était également l'épouse de Jean VILAR, illustre acteur, metteur en scène et directeur de théâtre, créateur du célèbre Festival d'Avignon.

Le couple eut la chance de côtoyer les meilleurs artistes de son temps, comme CALDER, par exemple, qui leur offrit en 1952 ce superbe mobile de près de 2 m de long et qui fait aujourd'hui le bonheur d'un collectionneur suisse :


Avec pareil entourage, pas étonnant que notre artiste ait réalisé une telle merveille !

Ce grand plat en terre chamottée au superbe décor anthropomorphe est l'une des plus belles céramiques qu'il m'ait été donné de croiser jusqu'à présent.

En matière d'art et de collection, le must est d'avoir du goût et de l'argent ; c'est avec ces deux ingrédients que l'on bâtit les plus beaux ensembles.

Du goût, vous en avez puisque la céramique 50 vous intéresse ;-). Alors si vous avez la chance d'avoir de l'argent, un bon conseil : n'hésitez pas, foncez ! La vie est courte et pareille opportunité n'est pas prête de se représenter avant un bon moment...

Bon week-end ! 

jeudi 31 janvier 2013

Claude AÏELLO à l'honneur


Le sympathique et talentueux céramiste vallaurien fera en effet très bientôt l'objet d'une intéressante exposition consacrée à sa collaboration avec des designers renommés.

Elle ouvrira ses portes samedi au musée MAGNELLI, musée de la céramique et vous aurez jusqu'au 27 mai prochain pour faire le déplacement à Vallauris.

Je laisse la parole aux organisateurs de la manifestation, qui arrive de Belgique :

D’origine italienne, Claude Aïello arrive à Vallauris en 1964, à l’âge de treize ans.

D’abord enfourneur chez Saltalamacchia, il se forme petit à petit dans différents ateliers où il acquière une remarquable maîtrise du tournage.

En 1999, il rencontre le designer Ronan Bouroullec à l’occasion de l’opération
Deux Designers à Vallauris initiée par la Ville et la Délégation aux Arts Plastiques / DRAC PACA - Ministère de la Culture et de la Communication. Leur collaboration marque le début d’une nouvelle orientation dans le travail de Claude Aïello qui passe de la production utilitaire traditionnelle de modèle existants à la mise au point de prototypes et de petites séries conçus par des designers.

Depuis presque quinze ans, l’habileté de Claude et sa capacité à répondre aux demandes les plus pointues en ont fait l’interlocuteur privilégié de dizaines de créateurs en France et en Europe. Il a été plusieurs fois récompensé pour l’excellence de son savoir-faire (Prix du design à la Biennale de Vallauris en 2010 et 2012, Prix Liliane Bettencourt Pour l’Intelligence de la Main et obtention du label "Entreprise Patrimoine Vivant" en 2010).

L’exposition
Claude Aïello et les Designers illustre le parcours accompli de 1999 à aujourd’hui avec les pièces réalisées pour vingt designers de renom. Elle se veut le reflet de la complémentarité entre la conception d’un projet et sa réalisation en volume, les apports réciproques du designer et du céramiste. Elle démontre la compatibilité des nouvelles pratiques de la céramique et d’un savoir-faire ancestral.

Cette exposition inaugurée en Belgique, au Musée du Grand Hornu en septembre 2012, a été conçue par Ludovic Recchia, Conservateur du Musée Royal de Mariemont, Belgique et Lamya Ben Djaffar, historienne.

A travers cet hommage à Claude Aïello, c’est un hommage rendu à une profession artisanale performante pour laquelle l’étendue des possibles reste infinie.


Intéressant programme, que j'ai hâte de découvrir !

mercredi 30 janvier 2013

Un MADOURA "exceptionnel"...


Si vous "chassez" sur le Net, vous aurez très certainement remarqué cette céramique sur un site de vente aux enchères bien connu, présentée comme un rare vase à deux anses, style Picasso, en céramique Vallauris, cachet Madoura, signé aussi "Vallauris" et "P", édition 02/150.

Cette chose immonde est tout sauf un MADOURA, encore moins un PICASSO, tant par le style très bling bling, pas du tout celui du célèbre atelier vallaurien (la pauvre Suzanne RAMIÉ a dû se retourner dans sa tombe), ni celui du grand maître, que par la fameuse inscription "MADOURA plein feu", grossièrement incisée à main levée alors qu'elle devrait normalement résulter de la frappe d'un cachet :


Pour info, voici une vraie empreinte du cachet en question (qui existe en deux tailles) :


Pitoyable, n'est-ce pas ?

Bref, c'est incontestablement le plus beau nanar - "made in China" ? - qu'il m'ait été donné de rencontrer en matière de céramique 50. MDR !

De grâce, soyez sympa, ne prévenez pas le vendeur, que j'espère de bonne foi, bien que professionnel (je m'en chargerai avant la fin des enchères) ; juste pour voir combien de gogos enchériront (pour l'instant ils sont quatre) et la somme que leur champion aurait eu à débourser si...

Merci d'avance pour votre discrétion ;-).

Tant que j'y suis, voici un autre vase bancale du maestro, offert sur le même site :


Doublement signé, tant qu'à faire...

Le faussaire s'est inspiré de son célèbre et superbe "Vase aux deux anses hautes" de 1952, édité à 400 exemplaires par l'atelier MADOURA (réf. RAMIÉ 141), dont voici un spécimen conservé dans sa caisse d'origine ! Une merveille :


Attention, toutes les céramiques frauduleuses de PICASSO ne sont pas aussi ridicules, loin de là (1), et je ne saurais trop vous conseiller de consulter un bon expert avant tout achat, notamment si la pièce que l'on vous propose est à un prix très (trop) alléchant !

(1) J'ai rencontré cet été un exemplaire "made in Italy" redoutable car il ne s'agissait pas d'un vulgaire pastiche mais d'une pièce calquée sur un modèle existant ; bref un vrai faux ! Il était même accompagné d'un faux certificat de la galerie MADOURA...

mardi 29 janvier 2013

"Chouette" de Michel et Nicole ANASSE (X)

Michel (né en 1935) et Nicole (1937-2012) ANASSE
"Chouette" photophore (circa 1960)
H. 14 cm, Ø 12,5 cm

La petite Yvette, c'est son nom, est l'une des nombreuses soeurs de miss Lucette.

Ses petits yeux atypiques lui donnent un côté tristounet et réservé, contrairement à son superbe émaillage bleu laiteux, posé sur un joli brun "rouillé", typiquement anassien.

Unique, comme toutes les chouettes du couple, elle est signée "ANASSE" sous la base, au pinceau et à priori de la main de Michel ANASSE :


Provenance : galerie Marie-Pascale SUHARD.

Bibliographie : "Michel ANASSE Sculptures & Céramiques Pièces uniques 1960-1970", éditions galerie Thomas FRITSCH (2011), exemplaires appartenant à la même série reproduits p. 75.

Inv. PM MNA 12

lundi 28 janvier 2013

Escapade polaire

La galerie "Le Fil Rouge", à Roubaix

Après les mers du Sud, direction les plaines glaciales du grand Nord ;-) !

J'ai en effet passé le week-end chez des amis de la région lilloise et en ai profité pour aller voir l'exposition Vanitas vanitatum omnia vanitatum dont je vous ai parlé la semaine dernière.

Mon dieu, quel froid ! Brrr... Heureusement, les gens du Nord sont très chaleureux et je me serais vraiment cru à Tahiti, côté relations humaines bien sûr...

Petit reportage photo express :

Commençons par quelques céramiques emblématiques de Marc ALBERGHINA, que vous pourrez admirer au Fil Rouge jusqu'au 9 mars prochain :

- "Usine I", 2010 (L. 80 cm, l. 40 cm, h. 60 cm) :


- "Virus", 2010 (L. 100 cm, l. 23 cm, h. 50 cm) :


- "Saint-Sébastien III", 2012 (L. 140 cm, l. 50 cm, h. 95 cm)  :


- Quelques crânes superbement émaillés créés spécialement pour l'exposition et qui feront probablement grincer les dents de certains vallauriens :


Personnellement, j'ai craqué pour l'exemplaire bleu (des mers du Sud ;-) à la mâchoire anthracite. Il y en avait 53 (l'âge de leur papa ;-), tous différents. Le choix ne fut vraiment pas facile !

Quant au célèbre "Festin" ou "Offrande" (2009), il était exposé en guest star au musée d'Art et d'Industrie André DILIGENT, plus connu sous le vocable de "La Piscine" :


Une oeuvre imposante (L. 100 cm, l. 57 cm, h. 76 cm), très forte et dérangeante pour certains, au point d'avoir été vandalisée en 2010 lors de la XXIe Biennale de Vallauris et depuis heureusement recréée par l'artiste.

Elle était de ce fait surveillée comme le lait sur le feu par un gardien tatillon...

Le flash étant interdit, voici une photo de pro (hélas inconnu), dénichée sur le Net : 


C'est la première version de l'oeuvre, avant le drame.

Il y a environ deux ans, comme beaucoup d'amateurs, j'ai eu envie de me frotter à la terre. Yves PELTIER, avec qui je m'en étais alors entretenu, m'a conseillé de contacter un céramiste que je ne connaissais pas : Marc ALBERGHINA. Il était dithyrambique à son sujet, m'assurant que c'était le seul céramiste encore "valable" à Vallauris, qu'il était très sympathique, qu'il donnait des cours, etc. L'oeil englué par la céramique 50, je n'ai vraiment pas du tout "accroché" avec son travail, découvert sur le Net, et oublié l'artiste jusqu'au jours où en me baladant à Nice, en septembre dernier, je suis retombé sur son travail, cette fois-ci "en vrai", à la galerie HELENBEKC. Ce fût alors un véritable coup de coeur : originalité, présence, symbolique, qualité de l'exécution, j'étais littéralement envouté par les pièces que je découvrais. Comment ai-je pu passer à côté d'une telle oeuvre ? La faute, sans doute, à la médiocrité de l'art de notre époque, qui m'a conduit à porter des oeillères, au risque de passer à côté d'oeuvres valables. Yves avait mille fois raison ! A présent, je regarde la céramique contemporaine d'un autre oeil ;-) et fais de temps à autre quelques infidélités à ma chère céramique 50...

Voici le remarquable texte qu'Yves PELTIER, alors commissaire de la XXIe Biennale de Vallauris, a écrit sur "Offrande" :

Avec Offrande, Marc ALBERGHINA nous invite à être les témoins d’un festin bien singulier. En fait il s’agit plutôt des restes de pratiques qui se rapprochent plus de la notion de cannibalisme qu’autre chose. Si cette œuvre s’inscrit donc dans l’histoire de nos pratiques sociales qu’elle entend bien dénoncer ou en tout cas pointer du doigt (le cannibalisme et ses formes modernes), elle fait aussi référence à celle de la céramique et tout particulièrement au phénomène "Vallauris". Là, le mercantilisme cannibale et décomplexé des fabricants et des revendeurs de céramiques à l’esthétique kitsch recouvertes d’émail flammé et "signées" à l’or et l’organisation d’un tourisme de masse destructeur ont provoqué la décomposition d’une aventure humaine et artistique bien connue des amateurs. C’est justement à Vallauris qu’est installé l’atelier de Marc ALBERGHINA.

Charnier de nos comportements, de nos débordement et ambivalences, Offrande est aussi le témoignage de nos peurs ancestrales, de nos angoisses face à la mort, trop souvent et facilement éludées dans une société de consommation avide d’esthétique facile et hypnotique. Dans un monde où l’image de la beauté elle-même (produit organisé et manipulé) et où le jeunisme et la séduction envahissent tous les champs de notre vie, cette œuvre forte, dont les éléments sont érigés et mis en scène de façon totémique, sonne comme un rappel de notre condition humaine. Une condition trop volontairement évacuée de notre champ de réflexion et de vie où la consommation permanente d’images trafiquées aussi factices qu’édulcorées qui tiennent lieu d’icônes modernes faciles et gratuites ressemble à s’y méprendre à un cannibalisme qui ne cache que trop bien son nom sous des apparences soi-disant civilisées.

C'est aussi parce que j'ai beaucoup de mal à supporter la facticité de notre époque et que j'ai hélas bien trop conscience du temps qui passe, si bien décrits par Yves, que l'oeuvre de Marc m'a autant touchée, au point de très vite décider de l'acquérir.

Séduire et horrifier : mission accomplie !

Pour en terminer avec le travail de Marc, je vous signale l'édition par Le Fil Rouge d'une intéressante petite plaquette, "Marc Alberghina - Séduire et horrifier", dont le texte est signé Frédéric BODET, assistant conservateur aux Arts Décoratifs.

A suivre...