lundi 10 juin 2013

Mon premier PICASSO


Tout vient à point à qui sait attendre ! J'ai en effet terminé de payer :-) et donc récupéré, samedi après-midi, ma première céramique du maître. Il s'agit d'une plaque en terre rouge estampée de belle taille (31 x 31 x 2 cm) représentant le visage de Pomone (?), déesse romaine des fruits et jardins, éditée à 200 exemplaires par l'atelier MADOURA en 1968. Une oeuvre typique du travail de PICASSO à la fin de sa vie, proche de sa fameuse série des Mousquetaires.

En attendant de la faire encadrer, elle est accrochée incognito au-dessus de mes deux plus beaux Coqs de Michel ANASSE via son très beau sac d'origine en toile de jute et le résultat est, ma foi, plutôt sympathique :


Cet exemplaire n'est pas n'importe lequel ; il a une histoire puisqu'il a constitué le Prix Suzanne et Georges RAMIÉ de la XIIe Biennale de céramique de Vallauris, récompense attribuée en 1990 à Salvatore PARISI.

A propos de PICASSO, la SVV ADER proposera bientôt une céramique unique de l'artiste, offerte à Charles NEVEUX, fondateur de l'atelier CERENNE :


C'est assez exceptionnel, la plupart des pièces uniques de l'artiste - environ 4.000, quand même ! - étant en possession de sa famille ou dans des musées.

Je vous livre la notice in extenso. Elle est un peu longue - c'est un PICASSO ! - mais faites l'effort de la lire car riche d'anecdotes et particulièrement instructive sur Charles NEVEUX et l'atelier CERENNE :

Tête de Faune, oeuvre originale exécutée par l’artiste. Céramique réalisée Pour Charles Neveux et Madame à Vallauris le 10.2.54. Plat circulaire légèrement creux. Terre de faïence blanche tournée. Décor gravé au couteau sous couverte, blanc, vert et aux engobes sous couverte partielle au pinceau. Le marli formant envoi manuscrit Pour Charles Neveux et Madame est signé PICASSO, situé Vallauris et daté 10.2.54. Porte au dos le cachet CÉRENNE Vallauris (Atelier fondé par Charles Neveux) en creux. Diamètre : 25,1 cm. Important : un certificat de Claude Ruiz Picasso sera remis à l’acquéreur. L'histoire d’un plat ou la rencontre entre Pablo Picasso et Charles Neveux. Même si on a coutume de dire que seules les montagnes ne se rencontrent pas, celles-ci se sont croisées, côtoyées et fréquentées. Pouvait-il en être réellement autrement ? D’un côté, Pablo Picasso, un artiste d’une stature hors-normes, à l’aura exceptionnelle, qui pèse de tout son poids décennie après décennie, travaille jour après jour à construire et poursuivre son oeuvre, l’Oeuvre du vingtième siècle, et qui, dès qu’il veut travailler la céramique, plus férocement encore que lors de ses précédentes tentatives sporadiques, parvient à la transcender, lui donner cette dimension que nul autre n’avait soupçonnée, voire imaginée. Aussitôt il révolutionne cet art du feu, l’inscrit dans les arts majeurs, donne naissance à toute une kyrielle de potiers, certains très talentueux, d’autres moins, et envoûte de son image, si proche et si éloignée à la fois, la petite cité méridionale de Vallauris. Dès lors l’attirance pour le personnage est plus que palpable dans les rues du village, la fascination pour l’oeuvre submerge même les plus humbles et les moins sensibles aux (r)évolutions artistiques. De l’autre, le fondateur de la Poterie Cérenne, Charles Neveux, une personnalité attachante, curieuse, charmeuse, un homme plein d’audace et d’entrain, ambitieux au sens le plus noble du terme, un entrepreneur doublé d’un humaniste, toujours à l’écoute de ceux qui l’entouraient, toujours à les considérer, à les aimer, sachant aussi réserver une place de choix à ses hôtes et, afin d’immortaliser leur passage*, tenant toujours prêt, à leur disposition, un plat, suffisamment humide et raisonnablement sec, engobé ou non, pour qu’ils y gravent un souvenir ému. Il prenait soin ensuite d’accrocher ces témoignages potiers sur les murs de son bureau, situé au-dessus des ateliers et de la galerie de l’avenue Georges Clemenceau. Sans compter le respect mutuel que devaient se porter ces deux personnages et cet amour partagé pour le travail de l’argile, ils avaient en commun cette sensibilité si particulière à la gent animale. On connaît bien la relation de Pablo Picasso avec ses animaux domestiques, les ayant toujours vénérés, leur conférant une place de choix dans sa vie, même aux heures les plus noires, les plus miséreuses de son existence car, contrairement à la légende, il connut des années de vaches maigres, même très maigres, surtout les premières passées en France, jalonnées de retours épisodiques en Espagne, dont certains ont failli être définitifs (l’aventure de l’art au XXe siècle en aurait été bien différente alors), ses premiers temps aussi passés avec Fernande. Jamais le peintre ne céda aux sirènes du confort, refusant de travailler pour les journaux, alors que le maître du trait qu’il était aurait pu facilement lui permettre de leur livrer des dessins. Travailleur féroce et acharné, sachant intimement qu’il possédait en lui ce qui allait être l’avenir de l’art, il ne fit jamais de concessions pour rendre sa vie plus facile, se remettant à l’ouvrage, jour après jour, nuit après nuit, jusqu’à trouver la voie de sa propre expression; cette expression d’une telle intensité qu’elle bouleversera la peinture à tout jamais et sera le fondement d’une nouvelle articulation universelle de l’art. En cette année 1954, l’artiste avait un boxer appelé Yan, âgé de cinq ans, que rejoindra le teckel Lump en 1957, les deux chiens devaient être immortalisés sur une célèbre photographie prise sur la terrasse de la propriété La Californie, entourés qu‘ils étaient des sculptures de l’artiste. Durant cette période, Charles Neveux possédait également un boxer, une femelle, qui suivait son maître partout dans les ateliers, véritable mascotte de la poterie. Vint l’idée aux deux hommes de donner à leurs chiens une lignée commune. Était-ce pour célébrer cette union canine ou tout simplement l’occasion pour le peintre de témoigner de son estime envers cette figure vallaurienne, probablement les deux à la fois, toujours est-il que Pablo Picasso, ce 10 février 1954, grava cette tête de faune au fond d’un plat, acheminé vierge des ateliers, puis en exécuta la décoration et le dédicaça spécialement à Charles Neveux et son épouse, avant de le signer et de le dater. Alors que les oeuvres originales qu’il réalisa quelques jours auparavant chez les Ramié, tout comme celle créée le lendemain même, furent exposées à la Maison de la Pensée Française entre mars et juin, le plat fait pour les époux Neveux, fut gardé jalousement par ces derniers et suspendu au mur du bureau de l’avenue Georges Clemenceau à Vallauris. Nous tenons à adresser nos plus vifs remerciements à Francis Crociani, décorateur et proche collaborateur de Charles Neveux, pour les informations extrêmement précieuses qu’il nous a livrées. Nous lui sommes aussi très reconnaissants de nous avoir fait plonger, durant le temps de notre conversation, dans cette Vallauris de 1954 et de nous avoir fait sentir ce soleil du Sud inonder ce village en pleine effervescence artistique. Enfin, nous lui exprimons toute notre gratitude pour nous avoir fait partager un peu de ce qu’il est, un être magnifique et intense, d’un enthousiasme, d’une fraîcheur, d’une jeunesse, bien qu’âgé de quatre-vingt-quatre ans, et d’une foi en l’avenir rarement rencontrés. 

* A propos de Charles Neveux. Il avait une façon originale de tenir un livre d’or : il présentait à chacun de ses hôtes de marque une assiette encore fraîche, engobée ou non, et leur faisait graver leur signature au bas de leur maxime favorite, voire un dessin, selon leur goût ou leur talent ; Jean Anouilh, a inscrit pour sa part en octobre 1952 : "Pour la première et dernière fois j’écris quelque chose qui restera... si l’on ne casse pas l’assiette". La liste qui suit donne une idée du renom du village potier : Gilbert Bécaud, la duchesse de Devonshire, le compositeur Louis Amade, Christian-Jaque et Martine Carol, la danseuse Hélène Sauvaneix, le prince Ali Khan et Yvonne de Carlo, qui a ajouté une caricature de ce dernier avec sa "couronne à la gavroche". Extrait de la page 158 de l’ouvrage "L’âge d’Or de Vallauris" par Anne Lajoix. Les Éditions de l’Amateur, Paris, 1995.

Elle est estimée 20.000 à 30.000 €, un prix particulièrement élevé pour ce qui n'est, après tout, qu'un autographe "amélioré". Pour un tel budget on peut avoir beaucoup mieux en matière de céramique 50, comme un beau RATY par exemple. Et là il n'y a vraiment pas photo !

A propos de photo, il y en avait une belle dans la dernière vente aux enchères cannoise de Mes ISSALY et PICHON, un cliché représentant le maître bien entouré (à Vallauris ?), signé de sa main et surtout agrémenté d'un petit oiseau qui en fait sans nul doute le plus petit PICASSO existant :


Elle a fait 1.250 € avec les frais...

Peu de céramiques intéressantes croisées lors de ma balade niçoise ce samedi. Je suis quand même rentré avec ce joli petit MADOURA dont la forme - les ouvertures "explosives" sont particulièrement originales - et la délicate couleur bleu pastel ne pouvaient que me séduire :


Acquisition effectuée à la galerie des Docks, tenue par la toujours aussi charmante et dynamique Nicole MAHIEU ; une galerie que je vous recommande si vous passez à Nice, d'autant plus que c'est l'une des rares à proposer du bon XXe dans le coin !

Les plus intéressantes n'étaient pas (encore ;-) à vendre car "en cours" dans l'atelier de mon ami Salvatore PARISI :


- Une série de curieux oiseaux, particulièrement épurés, qu'il prépare en vue d'une exposition à la galerie Céramiques du Château, à Antibes, spécialisée dans le négoce des céramiques de PICASSO. Ici le plus grand, qui mesure près de 70 cm de long !


- Un splendide groupe de "bouteilles" cubistes.


- De très belles et grandes (jusqu'à environ 60 cm) formes totémiques.

J'ai vraiment hâte de les voir émaillées, bien qu'elles "fonctionnent" déjà très bien ainsi...

En me raccompagnant à la gare, Salvatore (sur la photo) m'a fait découvir un beau panneau mural de Roger CAPRON, une commande pour la boulangerie située à l'angle de la rue Beaumont et de l'avenue de la République :


A part ça, mon FREDERICK est à présent bien en place - pas de grasse matinée dimanche matin ! - et Le Festin apparaît encore plus rutilant avec un tel arrière-plan :


Il est très fier de son papa, Marc ALBERGHINA, qui vient d'obtenir le Prix du Jury à la 17e Biennale internationale de céramique de Châteauroux pour "Flaque", une oeuvre très léchée, aussi belle qu'inquiétante car semblant émerger d'un quelconque cataclysme :


"Flaque : emprisonnés dans un email "givré", telle une nature morte,
sont présentés les restes d'une histoire et son corbeau (1)".

(1) La paire de bottes est marquée "CORBEAU".

Bravo Marc !

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